Blockchain : qui amènera l’adoption de masse ?

Le mythe de la phase d’infrastructure dans la blockchain

J’ai lu récemment un article issu du blog de la société Union Square Ventures (USV). USV est l’une des sociétés de capital risque les plus rentables au monde. Ils investissent notamment dans les startups d’Internet. Et, depuis début 2012, ils s’intéressent au secteur de la blockchain. Ce sont des investisseurs de la première heure de projets comme Coinbase ou Ethereum, par exemple.

L’article date de novembre 2018 mais il reste tout aussi pertinent aujourd’hui. La question de savoir par qui arrivera l’adoption de masse des crypto-monnaies reste en effet toujours d’actualité.

Le mythe de la phase d’infrastructure

Dans la communauté du Web 3.0, on entend couramment dire que nous sommes dans la phase des infrastructures. Et donc que la bonne stratégie consiste à travailler sur les infrastructures : de meilleures chaines de base, une meilleure interopérabilité entre les chaines, de meilleurs clients informatiques, wallets et explorateurs.

La raison est la suivante : d’abord, nous avons besoin d’outils qui facilitent la conception et l’utilisation d’applications qui fonctionnent sur la blockchain. Puis, une fois que nous aurons ces outils, nous pourrons alors commencer à construire les applications.

Mais lorsque nous discutons avec des fondateurs qui construisent les infrastructures, nous les entendons tout le temps dire que le plus grand challenge pour eux est d’avoir des développeurs qui construisent des apps sur leur infrastructure. Maintenant, si nous sommes réellement dans une phase d’infrastructure, comment cela se fait-il ?

Notre hypothèse est que ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Nous ne sommes pas dans une phase d’infrastructure mais plutôt dans une nouvelle étape du cycle apps-infrastructure. Et, en effet, l’histoire des nouvelles technologies montre que ce sont les applications qui génèrent l’infrastructure et non pas l’inverse.

Il ne s’agit pas au départ de construire toutes les infrastructures, et une fois que nous avons les infrastructures nécessaires, nous construisons les apps. C’est exactement le contraire.

Le rush vers les plateformes

Une grande partie de la raison pour laquelle c’est un sujet de conversation est que tout le monde sait maintenant que les “plateformes” sont souvent les plus grandes opportunités pour générer de la valeur (Facebook, Amazon/AWS, Twilio, etc.). Donc il y a une course pour construire la plateforme majeure qui va capturer toute la valeur.

Cela peut être encore plus vrai dans le web distribué où la valeur augmente souvent – mais pas toujours – dans le protocole plutôt que dans les applications qui sont construites dessus.

Mais comme nous le verrons, les plateformes évoluent selon un cycle itératif (apps => infrastructure => apps => infrastructure) et sont rarement construites à partir d’un néant spéculatif.

D’abord les apps inspirent l’infrastructure. Ensuite l’infrastructure permet l’apparition de nouvelles applications

Ce que nous observons dans la séquence des principaux changements de plateformes c’est qu’il y a d’abord une app de rupture. Ensuite cette app inspire une phase où nous construisons des infrastructures qui rendent plus faciles la production d’apps similaires. Puis nous construisons des infrastructures qui permettent une large adoption par le consommateur de ces apps.

Les infrastructures et les apps évoluent en réaction les unes aux autres et non pas selon des phases distinctes et séparées
Source : https://www.usv.com/blog/the-myth-of-the-infrastructure-phase

Par exemple, les ampoules électriques (l’app) ont été inventées avant la mise en place d’un réseau électrique (l’infrastructure). Vous n’avez pas besoin du réseau électrique pour avoir l’ampoule électrique. Mais pour avoir une adoption de masse de l’ampoule électrique, vous avez besoin du réseau électrique. L’application de rupture, l’ampoule électrique, a été inventée en 1879, suivie du réseau électrique en 1882.

Autre exemple : les avions (l’application) ont été inventés avant qu’il y ait des aéroports (l’infrastructure). Vous n’avez pas besoin des aéroports pour avoir des avions. Mais pour avoir une adoption de masse des avions, vous avez besoin des aéroports. Donc, l’application de rupture qu’était l’avion est apparu en 1903 et a inspiré une phase dans laquelle les gens ont crée des compagnies aériennes en 1919, des aéroports en 1928, puis le contrôle du trafic aérien en 1930. Toutes ces infrastructures sont apparues après l’avion.

Source : https://www.usv.com/blog/the-myth-of-the-infrastructure-phase

Internet : des apps aux infrastructures

On observe le même schéma avec Internet. On a commencé avec les premières apps : la messagerie (1970) et les emails (1972). Ces apps ont ensuite inspiré l’infrastructure qui rendait plus facile l’adoption de masse de la messagerie et des emails. Ethernet (1973), TCP/IP (1973) et les Fournisseurs d’accès à Internet (1974).

Ensuite, il y a eu une nouvelle vague d’apps, les portails web (Prodigy en 1990, AOL en 1991). Et ces portails nous ont inspiré pour construire de nouvelles infrastructures (moteurs de recherche, explorateurs web au début des années 90. Puis, il y a eu la nouvelle vague d’apps, des sites comme Amazon.com en 1994, qui a amené à une phase dans laquelle on a construit des infrastructures comme les langages de programmation (PHP en 1994, Javascript et Java en 1995) qui ont facilité la création de sites internet.

Ensuite, il y a eu une nouvelle vague d’applications plus compliquées comme Napster (1999), Pandora (2000), Gmail (2004) et Facebook (2004). Ce qui a conduit à des infrastructures qui ont facilité l’apparition d’apps plus compliquées (NGINX et Ruby on Rails en 2004, AWS en 2006).

Source : https://www.usv.com/blog/the-myth-of-the-infrastructure-phase

Les applications sur mobiles

Nous voyons également cette configuration avec les itérations récentes dans les apps sur mobiles : nous avons d’abord eu une série d’apps mobiles populaires qui fonctionnaient avec le streaming vidéo : Snapchat (2011), Periscope (2014), Meerkat (2015) et les Instagram Stories (2016). Et maintenant, nous voyons des compagnies qui construisent des infrastructures qui facilitent l’ajout de vidéos pour les apps mobiles : Ziggeo (2014), Agora.io (2014), Mux (2017), Cloudfare Stream (2018).

Source : https://www.usv.com/blog/the-myth-of-the-infrastructure-phase

Le cycle du Web 3.0

Cette configuration explique aussi la séquence des événements dans le Web 3.0. Nous avons commencé avec la première app de rupture : BTC (2008), construite sur le réseau Bitcoin (en tant que première application). Suivie de près par Silk Road (2011), en tant qu’app crypto à mauvaise réputation.

Cela a inspiré de nouvelles infrastructures telles que Sidechains et Drivechain (2015), Ethereum Smart Contracts et ERC 20 (2015), Lightening (2015) qui facilite la construction de nouvelles apps. Puis des infrastructures telles que Coinbase (2012) et Metamask (2016) qui permettent aux utilisateurs d’adopter ces nouvelles apps. Cette nouvelle infrastructure rend possible le déploiement d’une nouvelle vague d’apps : token/ICO (2017) et des dapps (Roulethet vDice en 2016, CryptoKitties en 2017). Lesquelles ont inspiré de nouvelles infrastructures : Infura (2016) et Web3js et Zeppelin (2017). Nous attendons maintenant les prochaines apps qui vont orienter la prochaine vague d’infrastructure.

Source : https://www.usv.com/blog/the-myth-of-the-infrastructure-phase

Le possible adjacent

Le thème commun dans le développement de chaque plateforme majeure (électricité, voitures, avions, web, mobiles, etc.) est que nous construisons ce qui nous est possible étant donné les outils dont nous disposons à ce moment. Dans Where Do Good Ideas Come From, Steven Johnson appelle cela le “possible adjacent”. Dit autrement, vous pouvez ouvrir la porte pour accéder à la pièce suivante mais vous ne pouvez pas sauter les étapes et ouvrir la porte du fond depuis l’entrée. Il est difficile de construire avec succès une infrastructure trop en avance sur le marché des applications.

A chaque fois que le cycle apps => infrastructure se répète, de nouvelles apps sont rendues possibles grâce à l’infrastructure qui a été construite dans les cycles précédents. Par exemple, YouTube pouvait être construite en 2005 et non pas en 1995 car YouTube n’était possible qu’après le déploiement d’autres infrastructures telles que le haut débit au début des années 2000. Lequel est arrivé dans la phase d’infrastructure qui a suivi les premiers sites .com tels que eBay, Amazon, AskJeeves et Neopets.

(…) C’est l’essentiel de ce que nous entendons par le “mythe de la phase d’infrastructure”: si nous pensons à une “phase d’infrastructure” séparée des apps qui l’utiliseront, nous courons le risque de construire trop loin, dans un vide spéculatif. Nous avons besoin du cycle apps => infrastructure => apps => infrastructure pour rester en ligne.

Comme il y a de plus en plus de cycles dans chaque nouvelle plate-forme, il devient moins coûteux de créer et d’utiliser ces applications. Construire usv.com en 1995 nous aurait coûté bien plus que ce qu’il en coûterait aujourd’hui, et créer des applications Web 3.0 coûte plus cher en argent, en efforts et en temps aujourd’hui que dans 15 ans.

Cadres de développement versus cadres d’investissement

Mettons la casquette d’investisseur pendant une seconde. Il est important de faire la distinction entre les cadres technologiques qui expliquent quand on peut construire quelque chose et les cadres d’investissement qui expliquent quand quelque chose peut être un bon investissement.

Le cycle des apps => infrastructure => apps => infrastructure indique quand des apps ou une infrastructure peuvent être créées. Mais il n’explique pas nécessairement quand investir dans des apps ou quand investir dans une infrastructure.

Prenez les ampoules par exemple. Oui, elles ont été inventées avant le réseau électrique, mais du point de vue de l’investissement, personne n’a vendu beaucoup d’ampoules tant que le réseau n’était pas en place.

Mettre tout en place

L’une des questions que nous avions est la suivante: pourquoi les applications occupent-elles la première place dans le cycle et non l’infrastructure ? L’une des raisons est qu’il n’est pas logique de créer une infrastructure tant que des applications ne vous demandent pas de résoudre leurs problèmes d’infrastructure. Comment savez-vous que l’infrastructure que vous construisez résout un problème réel tant que vous n’avez pas des équipes qui travaillent sur des apps ? Ce sera un défi de créer une infrastructure crypto maintenant, jusqu’à ce qu’il existe une app crypto de rupture qui motivera d’autres développeurs. Et qui créera des besoins pour de meilleurs outils et infrastructures de développement pour faciliter la production.

Il y a un récit dans la communauté crypto selon lequel nous devons d’abord créer d’excellents outils. Puis, une fois que nous en aurons les outils, nous pourrons créer des apps. Mais ce que nous espérons avoir montré, c’est que dans d’autres changements de plate-forme, nous sommes en mesure de créer les premières applications avant de disposer d’excellents outils (bien que cela prenne plus de temps et d’argent) et que ces premières applications nous incitent à créer des outils. Et le cycle se répète.

Les enseignements issus des actions

J’espère que cet article (issu du blog USV) vous a plu autant qu’à moi. Si c’est le cas, abonnez-vous à ma newsletter hebdomadaire pour être tenu informé de la publication d’autres articles similaires.

En résumé, cet article consiste à dire que : le secteur des cryptos attend la sortie de son app de rupture. Ensuite, des infrastructures se développeront pour permettre la production en masse de cette app. Et pour ainsi faciliter son adoption par le grand public. Donc, il faudra avoir investi sur l’infrastructure et sur l’application.

Et maintenant, si je vous dis que la société USV a écrit cet article en 2018. Puis qu’elle a investi dans le Libra de Facebook en 2019. Vous en pensez quoi ?

On constate que – même s’ils indiquent qu’ils pensent les apps seront le catalyseur de l’adoption de masse des cryptos – leur investissement a été double : dans l’infrastructure Facebook et dans l’app de paiement (le protocole) Libra. On en déduit donc que les infrastructures conservent un rôle clef dans le développement d’un marché de masse et qu’elles restent un véhicule privilégié pour les investissements.

NB. : Si vous désirez commencer à vous familiariser avec les services décentralisés : Vous pouvez télécharger l’explorateur Brave ici. Il permet l’élimination automatique des publicités et la protection de vos données personnelles.

Pour copier et partager : https://mikaelecanvil.com/mythe-phase-infrastructure/

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