Un modèle mental
Distinction sacré/profane. Modèle issu de l’analyse religieuse qui trace une frontière entre des choses considérées comme fondamentalement distinctes: “les choses sacrées sont celles que les interdits protègent et isolent ; les choses profanes, celles auxquelles ces interdits s’appliquent” (Durkheim). Cette distinction éclaire certains débats publics contemporains où des idées non religieuses sont sacralisées, c’est-à-dire placées hors d’atteinte de la critique [1]. Elle engendre une polarisation entre “croyants” et “non-croyants”, ces derniers étant souvent désignés comme hérétiques (ennemis de la foi) par les défenseurs de l’orthodoxie (ceux qui gardent la frontière symbolique). Ce modèle anthropologique met en lumière la charge émotionnelle et l’intransigeance de certains conflits idéologiques où ce qui est en jeu dépasse l’opinion: c’est une atteinte au sacré. Selon ce modèle, la lutte pour le monopole de définition du sacré est centrale car ceux qui la définissent fixent les limites du débat.
[1] ou soumises à des modalités particulières de critique.
Une idée liée
“Ce n’est pas parce que les choses sont bonnes que nous les aimons, c’est parce que nous les aimons que nous les jugeons bonnes.”
– Spinoza
English version
A mental model
Sacred–profane distinction. A model derived from religious analysis that draws a boundary between things considered fundamentally distinct: “sacred things are those which the interdictions protect and isolate; profane things, those to which these interdictions are applied” (Durkheim). This distinction illuminates certain contemporary public debates where non-religious ideas are sacralized, i.e., placed beyond criticism [1]. It generates a polarization between “believers” and “non-believers,” the latter often being designated as heretics (enemies of the faith) by the defenders of orthodoxy (those who guard the symbolic boundary). This model highlights the emotional charge and intransigence of certain ideological conflicts where what is at stake transcends rational opinion: it is an attack on the sacred. According to this model, the struggle for the monopoly over defining the sacred is central (since those who define it set the limits of debate).
An original idea
“It is not because things are good that we love them; it is because we love them that we judge them to be good.”
– Spinoza