La tragédie des communs

La tragédie des communs

“Ce qui est commun à tous fait l’objet de moins de soins, car les hommes s’intéressent davantage à ce qui est à eux qu’à ce qu’ils possèdent en commun avec leurs semblables.” – Aristote.

En décembre 1968, le biologiste Garrett Hardin a publié dans une revue scientifique un article intitulé “La tragédie des communs.

Dans cet article, il expose pour la première fois la logique des communs et son issue tragique.

Le contexte de la tragédie des biens communs

Selon l’économiste Adam Smith, la somme des décisions égoïstes individuelles conduit au bien-être du plus grand nombre. C’est ce qu’il appelait la main invisible : le marché se régule de lui-même.

Mais Garrett Hardin met en évidence qu’il existe des situations où l’autorégulation du marché ne fonctionne pas : les biens communs.

Les biens communs désignent les ressources naturelles qui sont en libre accès. Chacun peut y accéder. Ils appartiennent donc à tous et à personne en particulier.

Pour illustrer son idée, Hardin évoque le cas d’une prairie ouverte à tous les éleveurs du coin. L’intérêt personnel de chaque éleveur sera de faire paitre au maximum son bétail pour maximiser ses gains. Dans cet esprit, ajouter un animal à son troupeau lui apportera deux choses :

  • un profit individuel immédiat : les bénéfices de la vente de l’animal;

  • un coût collectif différé : le surpâturage crée par un animal de plus. Mais ce coût n’est pas personnel puisqu’il est partagé par l’ensemble de la communauté.

Le choix rationnel de tous les éleveurs consistera donc à rajouter un animal à leur troupeau (maximiser leur utilité individuelle). Et ainsi de suite jusqu’à ce que le pré commun soit ruiné.

C’est cela la tragédie. Elle repose sur le fait que la poursuite de l’intérêt individuel de chacun pour exploiter un monde fini conduit mécaniquement à la ruine de tous.

Les solutions

Alors, comment transformer ce jeu perdant-perdant en une situation collectivement gagnante ? Hardin évoque d’abord une première solution possible mais à laquelle il ne croit pas : l’appel à la conscience morale.

Selon lui, lorsque l’on fait appel à la conscience d’un individu, on risque de le mettre dans une double impasse :

  • Sentiment de culpabilité. L’individu comprend que s’il agit selon son intérêt personnel au détriment de l’intérêt de tous, il sera condamné moralement;

  • Peur de se faire exploiter. Mais d’un autre côté, il se dit que s’il agit pour le bien de tous et que d’autres en profitent, il fera une bonne action mais il court le risque de se faire exploiter.

Cette double impasse (aucune solution ne se dégage clairement) peut le conduire à avoir mauvaise conscience quelle que soit son action. Pour le biologiste, l’appel à la conscience n’est donc pas une solution fiable pour transformer un mindset fini en un mindset infini.

La seconde solution évoquée dans La tragédie des communs est l’intervention d’un agent extérieur via la nationalisation, la privatisation ou la collectivisation. Pour stopper ces comportements, le scientifique pense qu’un agent externe (Etat ou acteur privé) doit développer des incitations ou un système de régulation des accès :

“Inutile d’interdire, il suffit de rendre l’opération de plus en plus couteuse.” – Garrett Hardin.

Hardin précise que plus la densité de population augmentera et plus les biens communs devront être gérés par des tiers pour lesquels des questions de confiance et de justice se poseront. Son texte de 1968 évoquait déjà la question des déchets et indiquait que prochainement se poserait celle de l’air et de l’eau.

Le mot de la fin

Ce petit livre est intéressant à lire pour quelqu’un qui est curieux et qui désire voir la présentation du concept de la tragédie des communs par son auteur. C’est instructif à lire car Garrett Hardin a une approche multidisciplinaire (histoire, philosophie, biologie, économie et théorie des jeux).

Ce livre fait également réaliser que certaines choses qui sont aujourd’hui considérées comme des biens privés risquent demain d’être traitées comme des biens communs. A ce titre, elles échapperont donc au contrôle individuel de chacun.

Un point manquant à mon avis, c’est qu’il n’émet pas l’hypothèse que la technologie pourrait apporter des réponses à ces questions primordiales qui touchent à la survie collective. Il parle de “technologie prévisible” alors que les technologies disruptives ne sont justement pas prévisibles. Ce que la technologie pourra faire demain, nul ne le sait encore aujourd’hui.

Pour aller plus loin : Lire le livre La tragédie des communs de Garrett Hardin.

Pour copier et partager : https://mikaelecanvil.com/tragedie-des-communs/

 

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