The Changing World Order : Des principes pour comprendre et gérer un changement d’ordre mondial

Principles for Dealing with the Changing World Order

“L’histoire ne se répète pas, elle rime.” – Marc Twain

Les temps qui viennent seront radicalement différents de ceux que nous avons connus dans le passé, bien que similaires à ce qui s’est déjà passé de nombreuses fois dans l’histoire.

C’est le pronostic de Ray Dalio, macro investisseur et fondateur de l’un des plus importants hedge funds au monde (Bridgewater). Ce spécialiste de la prise de décision en environnement incertain a rapidement compris qu’il pouvait développer un avantage compétitif sur ses concurrents en étudiant profondément l’histoire.

Dalio a observé que, quelle que soit l’époque, les mêmes causes produisaient les mêmes effets [1]. Sa stratégie a donc consisté à étudier intensément ces causes/conséquences (sur plus de 500 ans) pour apprendre à les reconnaître. Il a modélisé ces configurations récurrentes de l’histoire afin d’en tirer des principes pour prendre de meilleures décisions.

Le livre “Principles for Dealing with The Changing World Order” est une présentation de son modèle explicatif (théorie et études de cas). Dans ce livre, l’auteur de “Les Principes du succès” étudie les périodes mouvementées des changements d’ordre mondial.

The Changing World Order : Le grand cycle des changements d’ordre mondial

L’évolution est la plus puissante et permanente des forces de l’univers. L’ordre mondial – en équilibre instable – est également soumis à cette force : des puissances naissent, se consolident, arrivent à leur sommet, déclinent et disparaissent.

Selon Dalio, le grand cycle des changements d’ordre mondial (déclin de la puissance contemporaine et naissance d’une nouvelle qui fixe les règles mondiales) se base sur trois grandes forces (qui s’entrechoquent) :

Dans cet article, vous verrez le modèle du cycle de vie d’une puissance. Puis, vous découvrirez ces trois grandes forces qui, selon Dalio, impactent le grand cycle des mouvements de richesse et de pouvoir à l’échelle internationale. Enfin, vous apprendrez comment Dalio se protège financièrement lors des périodes agitées des changements d’ordre mondial.

Apprendre à reconnaître ces forces génératrices de grands changements vous permettra de vous situer dans le cycle et donc de vous en prémunir.

1. Le cycle de vie d’une puissance

Dalio schématise le cycle de vie d’une puissance en trois phases : montée, sommet et déclin.

  1. La montée. C’est la période prospère de croissance. Dans cette phase, le pays est fondamentalement fort car : son niveau d’endettement est relativement faible; les écarts de richesses, de valeurs et de politiques au sein de la population sont plutôt réduits; la population travaille de façon productive (bonne éducation, bon leadership, etc.); cette phase de paix guidée par un ou plusieurs pouvoirs dominants mondiaux conduit à la phase suivante.

  2. Le sommet. Cette phase est caractérisée par des excès : hauts niveaux d’endettement; larges écarts de richesses, de valeurs et de positions politiques; infrastructures et éducation déclinantes; conflits internes entre différents groupes au sein de la population; conflits entre pays rivaux sur la scène internationale pour se disputer le rôle de nouvelle puissance dominante.

  3. Le déclin. Il s’agit de la période douloureuse de combats et de restructurations qui conduisent à des grands conflits dans l’établissement du nouvel ordre interne et externe. Elle prépare le terrain pour le prochain nouvel ordre et pour une nouvelle période de croissance prospère.

Quelles sont les trois principales forces qui provoquent ces différentes phases dans le cycle de vie d’une puissance ?

2. Les trois principales forces à l’origine des changements d’ordre

2.1. Force #1 : Le cycle de l’argent, du crédit, de la dette et de l’activité économique

The Changing World Order rappelle quelques points concernant l’argent, le crédit et l’activité économique :

  • L’argent est une technologie pour échanger de la valeur à travers l’espace et pour la conserver à travers le temps;

  • Il n’y a pas une quantité fixe de monnaie et de crédit. L’argent et le crédit peuvent être facilement créés par les banques centrales (et donc leur valeur fluctue);

  • La plupart des monnaies et des crédits (spécialement les monnaies fiduciaires) n’ont pas de valeur intrinsèque. Au fond, ce sont simplement des entrées dans un système comptable qui peut être changé. Et il arrive que ce système casse. Lorsque cela arrive, on dit que l’offre monétaire est monétisée (la valeur de la monnaie chute plus ou moins fortement);

  • Cela signifie que, contrairement à la croyance commune, il ne faut pas confondre l’argent et le crédit avec la richesse. On ne peut pas créer plus de richesse simplement en créant plus d’argent et de crédit. Pour créer plus de richesse, il faut être plus productif.

  • Il y a deux économies différentes : l’économie réelle et l’économie financière. Elles sont liées mais chacune suit ses propres facteurs d’offre et de demande. Si la demande de l’économie réelle augmente plus rapidement que l’offre, les prix s’élèvent et l’inflation augmente. A ce moment, la banque centrale intervient (réduction de l’argent et du crédit pour ralentir la demande dans l’économie réelle). En augmentant et en diminuant l’offre de monnaie et de crédit, les banques centrales sont capables d’augmenter et de diminuer la demande et la production d’actifs financiers et de biens et de services.

Le cycle de la dette de long terme

Ce cycle comporte six étapes (et trois types d’argent) :

Les trois types d’argent
  1. Il commence par de la faible (ou absence de) dette et par une monnaie dure (or, argent, ou autre commodité avec valeur intrinsèque – et donc qui ne nécessite pas de confiance dans une institution);

  2. Ensuite, arrivent les notes. Transporter du métal est risqué et peu pratique. Donc les banques proposent leurs notes (ce sont des titres de réclamation sur la monnaie dure : pour $100 de notes émises, il y a $100 de métal à la banque).

  3. Puis, commence l’augmentation de l’endettement. Les banques accordent de plus en plus de crédits. Tout le monde en profite. La masse de notes en circulation augmente progressivement jusqu’à dépasser celle des monnaies dures (la hard money ne peut pas être crée à moins que l’offre de métal augmente).

  4. Alors commencent les crises de la dette, les défauts et les dévaluations qui conduisent à faire tourner la planche à billets (impression d’argent). Cela brise le lien 1:1 entre les notes et le hard money (stockés dans les banques).

  5. Quand ce lien est brisé, on entre dans la phase des monnaies fiduciaires (fiat money). Les monnaies perdent continuellement leur valeur [2]. Les investisseurs avisés comprennent que la monnaie du pays n’est plus stable et ils l’abandonnent pour des valeurs refuges (or, certaines actions ou monnaies d’autres pays) [3]. La monnaie du pays (dans le cas d’une puissance) perd son statut de reserve currency.

  6. La surchauffe de la planche à billets conduit à la vente des actifs de dette et à une fuite hors des monnaies fiduciaires (ce qui accélère leur chute). Le système monétaire et le crédit s’écroulent [4]. Pour rétablir la confiance dans la monnaie, les gouvernements reviennent à des formes de hard money.

2.2. Force #2 : Le grand cycle de l’ordre et du désordre interne

Voici, selon Dalio, les principales étapes chronologiques du cycle au sein d’une nation :

  1. Le nouvel ordre commence et le nouveau leader consolide son pouvoir;

  2. Une administration et un nouveau système d’allocation des ressources sont mis en place;

  3. Une phase de paix et de prospérité;

  4. Forte augmentation des dépenses et de la dette (cf. force #1) et agrandissement des écarts de richesses et de positions politiques;

  5. Dégradation des conditions financières et intensification des conflits;

  6. Guerres civiles/révolutions. Retour à un nouvel ordre (étape 1).

Les différentes étapes appliquées aux principales dynasties chinoises
2.3. Force #3 : Le grand cycle de l’ordre et du désordre externe

Selon The Changing World Order, les six phases précédentes s’appliquent également pour l’évolution de la situation internationale.

Par contre, les relations internationales sont bien plus le résultat direct de dynamiques de pouvoir. Par exemple, un pays affaibli, car intérieurement en crise, aura plus de chance de se faire déstabiliser par un pays étranger qui fera valoir ses intérêts (le grand échiquier international suit la loi de la violence).

Les luttes internationales se déclinent selon cinq principaux domaines (six, si l’on rajoute la guerre culturelle) :

  • Economique/commercial : conflits sur les tarifs, restrictions import/export, etc.

  • Technologique : conflits sur les technologies qui sont partagées et sur celles qui sont protégées pour des questions de sécurité nationale;

  • Géopolitique : conflits sur les territoires et alliances à travers négociations;

  • Capital/Finance : conflits à travers des outils financiers tels que les sanctions (couper la monnaie et le crédit à certaines institutions ou gouvernements) et des limitations d’accès aux marchés de capitaux;

  • Militaire : conflits armés (déploiement des forces militaires).

3. Investir à la lumière du grand cycle

L’objectif du fondateur de Bridgewater est de comprendre comment fonctionne le monde. Cette compréhension lui permet de développer des principes pour pouvoir gérer sa situation et ses positions.

Cette approche lui est nécessaire pour pouvoir anticiper les principaux risques. D’ailleurs, le risque premier d’un investisseur c’est d’échouer à gagner suffisamment d’argent pour couvrir ses besoins.

Ce risque premier comporte trois risques importants contre lesquels un investisseur doit se prémunir :

    • Rendement (les rendements produits sont insuffisants);

    • Taxe (niveau de taxe brusquement augmenté dans une situation politique conflictuelle; voire confiscation ou gel des fonds).

Ces trois risques couvrent aussi bien les changements de situations politiques au sein d’un pays que le risque financier (lié au cycle de la dette) [5].

Le principal risque financier est le risque monétaire (décrit plus haut) : durant les périodes de dévaluation de la monnaie, le cash perd de la valeur comparativement à la monnaie dure et aux actifs durs.

Par exemple, pour estimer son risque de rendement, un investisseur devra évaluer si le montant des intérêts payés sur une dette dépasse le risque de dévaluation du principal [6].

Dalio rappelle qu’un actif financier n’a de valeur que dans la mesure où il permet d’obtenir de l’argent tangible qui a une valeur intrinsèque.

Au final, en temps de crise, l’objectif premier d’un investisseur c’est de se protéger (conserver sa souveraineté financière). C’est-à-dire de stocker du capital dans une réserve de valeur qui pourra plus tard être convertie en pouvoir d’achat avec une valeur similaire.

Le mot de la fin

“Aucun système de gouvernement, aucun système économique, aucune monnaie et aucun empire ne dure éternellement. Pourtant, pratiquement tout le monde est surpris et ruiné lorsque cela arrive.” – Ray Dalio.

Dalio explique qu’il y a constamment des luttes dans le monde qui sont motivées par l’accroissement de richesse et de pouvoir. Ces luttes (domestiques et internationales), combinées à des mécanismes financiers (cycle du crédit et des marchés), produisent un grand cycle – dont les transitions sont généralement violentes.

Avec “The Changing World Order“, celui qui avait prévu la crise de 2008 veut avertir le public que nous nous situons dans une phase de transition.

Plus spécifiquement, Dalio pense que les USA sont en phase de déclin dans leur rôle de puissance mondiale dominante (les trois grandes forces sont en fin de cycle [7]) et qu’ils seront remplacés par la Chine.

Il décrit assez longuement des fins de cycle pour des anciens “empires” en donnant des indicateurs. Cela permet au lecteur de se faire sa propre idée sur la situation. Ses rappels historiques sur des périodes de crises économiques et politiques donnent des points de repère intéressants.

Notes

[1] Les émotions humaines sont restées constantes au fil des siècles. Et ce sont toujours ces émotions basiques qui guident les cycles (la peur, l’envie, la jalousie, etc.). En conséquence, la plupart des cycles de l’histoire se reproduisent pour les mêmes raisons : des situations spécifiques qui déclenchent les mêmes émotions.

[2] Lorsque les banques centrales impriment beaucoup de monnaies et achètent beaucoup de dettes, elles affaiblissent les deux (cela revient à une taxe indirecte pour les détenteurs de dettes et de monnaies).

[3] “Les gens ont tendance à penser que la monnaie est une chose permanente et que le cash est un actif sécurisé mais ce n’est pas toujours vrai. Toutes les monnaies perdent de la valeur ou meurent. Et, lorsque cela arrive, le cash et les obligations (qui sont des promesses de recevoir du cash) sont dévalués ou détruits”. – Dalio.

[4] Il y a quatre moyens pour rétablir l’endettement à un niveau acceptable : 1/ mise en place de l’austérité (dépenser moins); 2/ faire défaut et restructurer la dette; 3/ augmenter les taxes (transfert/redistribution de richesses);4/ imprimer de l’argent et le dévaluer.

[5] Les marchés sont déterminés essentiellement par quatre facteurs : la croissance, l’inflation, la prime de risque et les taux court-terme. Les variations de ces quatre facteurs impactent les rendements des investissements. Or ce sont les gouvernements et les banques centrales qui influencent ces déterminants via les politiques fiscales et monétaires.

[6] Situation USA fin des années 1970 : PIB : 2%. Inflation : 14%.

    • Perdants (en rendement corrigé de l’inflation) : actions : 5%; taux court terme : 13%.

    • Gagnants : or : 30%; commodités : 15%

[7] Fin de cycle signifie : crise économique (dette) et crise politique (conflits internes et externes).

Pour aller plus loin : Lire le livre “Principles for Dealing with The Changing World Order” de Ray Dalio. Ou voir sa vidéo YouTube.

Copier et partager : https://mikaelecanvil.com/the-changing-world-order/

 

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